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CANCER DU SEIN - témoignage

mardi 9 novembre 2010

Message anonyme diffusé sur le blog d’une connaissance luttant depuis des années contre le cancer du sein.

"Il faut que l’on vous dise : Nous sommes des femmes, atteintes plus ou moins €¨gravement d’un cancer du sein.
Nous n’avons pas les mêmes formes de cancer, nous n’avons pas eu les mêmes €¨traitements, ni connu les mêmes forces, le même courage, €¨les mêmes désespoirs.
Nous ne sommes pas les mêmes femmes, chacune a son histoire, mais nous avons quelque €¨chose en commun à vous dire :

Vous nous dites... €¨"Il faut garder le moral !" €¨€¨

Oui, nous essayons de garder le moral et nous vous étonnons de l’avoir, ce moral. Mais attention, sachez que €¨parfois, on vous ment parce que l’on veut vous protéger ! €¨

Alors, quand nous pleurons, même si vous avez mal, €¨laissez-nous pleurer, nous en avons besoin€¦ Pour €¨évacuer notre peur, notre douleur, notre révolte€¦ Et si vous-mêmes, vous ressentez le besoin de pleurer avec €¨nous, faites-le, nous ne vous en voudrons pas. €¨€¨

Acceptez l’aide des vôtres pour vous aider à nous aider €¨ !

Cessez de nous dire qu’il faut tenir le coup et être forte, €¨

Accordez-nous le droit d’être un peu faible, surtout quand €¨nous sommes avec vous€¦ Nous ne vous demandons pas €¨de nous assister, mais de nous ménager€¦
Si nous allons €¨nous allonger, ce n’est pas parce que nous baissons les €¨bras, c’est parce que nous avons un immense besoin de €¨nous reposer€¦
Non, une promenade au grand air, à la €¨place, ne nous fera pas de bien, nous n’en avons pas la €¨force€¦ €¨€¨

Proposez-nous de l’aide concrète.

Par exemple : dites €¨ : " Laisse, je vais porter ton pack de lait, je vais aller €¨chercher tes enfants " plutôt que de nous lancer " Tu as €¨besoin de quelque chose ? ", ce qui nous met dans une €¨situation de dépendance€¦

Savez-vous que notre moral ne dépend pas uniquement de notre guérison, des bonnes ou €¨des mauvaises nouvelles, mais aussi des conséquences €¨parfois dramatiques de cette maladie sur notre quotidien : €¨baisse des revenus, perte de l’activité professionnelle, €¨coà»t des prothèses, des transports€¦ €¨€¨

Nous sommes malades et nos traitements sont épuisants. Nous comprenons qu’il faut tout faire pour ne pas le €¨paraître (certaines d’entre nous continuent à travailler, €¨toutes restent des mères et des épouses attentives durant €¨leurs traitements€¦) C’est auprès de vous, nos familles, €¨nos amis que nous enlevons, parfois, nos masques de €¨femmes fortes et courageuses, nous vous demandons €¨d’accepter ce rôle ingrat, d’accepter notre vrai visage€¦

€¨€¨Peut être qu’au lieu d’un " ça va ? " qui semble ne pas €¨supporter autre chose qu’une réponse positive, aurions-€¨nous besoin d’un " raconte-moi"

€¦ €¨€¨"De nos jours "ça" se soigne" €¨€¨

On le sait, vous nous le dites€¦ tellement souvent €¨qu’on se demande qui vous voulez rassurer !
Vous €¨connaissez tous quelqu’un qui s’en est sorti€¦
Il y a eu de €¨gros progrès, c’est vrai, mais " ça " ne se soigne pas €¨toujours ..

Notre peur de la récidive, des métastases, de €¨l’atteinte de l’autre sein, d’avoir à se battre à nouveau est €¨permanente et incontrôlable€¦
Et sachez aussi que €¨certaines de nos soeurs sont parties, il y a quelques mois, €¨elles avaient les mêmes traitements que nous et la même €¨volonté de s’en sortir€¦

Chaque contrôle est un supplice, €¨chaque attente de résultats est insupportable, chaque €¨kyste, chaque bouton nous deviennent suspects€¦

€¨€¨"On peut vivre avec un sein, pour moi, tu es comme avant, €¨la féminité ne s’arrête pas à tes seins !"

Nous savons que vous êtes sincères en nous disant €¨cela€¦
Nous savons que vous nous aimez malgré tout et €¨que vous nous acceptez telles que nous sommes (bien que €¨certains près de leur compagne depuis 25 ans soient partis ..€¦ Ils €¨n’ont pas supporté et sont allés consoler leur immense €¨chagrin dans les bras d’une plus jeune qui avait, elle, ses €¨deux seins€¦) €¨€¨

Mais nous, nous savons que nous ne sommes plus €¨comme avant€¦

Les jolis petits dessous de lingerie, les photos dans les magazines nous mettent les €¨larmes aux yeux€¦

Pardonnez-nous de devenir pudiques €¨à l’extrême, de ne plus avoir envie de vous séduire€¦ Il ne €¨nous reste qu’un sein €¦
Acceptez de nous entendre parler €¨de ce que l’on ressent, de ce que l’on souffre... Bien sà»r on €¨peut vivre sans, mais ce serait mieux avec !

€¨€¨"La chimio, ils ont fait des progrès !" €¨€¨

Et heureusement ! Elle nous laisse à terre, sans €¨cheveux, vomissant, perdant nos dents et de nous €¨accompagner pour nous distraire et nous tenir la main €¨lors des injections€¦ Les brà»lures, les douleurs, €¨l’insensibilité, tout cela est invisible (nous dépensons une €¨énergie folle à les cacher) mais permanent€¦

Les sautes €¨d’humeur, nos appels au secours, nos colères, nos €¨révoltes ne sont pas contre vous, ils sont l’expression de €¨notre détresse, de notre douleur€¦ €¨€¨L’hormonothérapie ménopause la plupart d’entre nous.

€¨Savez-vous ce que cela représente de chaleur€¦

Oui, nous €¨sommes en vie€¦Mais que de bouleversements !

"La chirurgie esthétique fait des miracles !" €¨€¨

Ce n’est pas de la chirurgie esthétique, c’est de la €¨chirurgie reconstructrice

les chirurgiens dont certains €¨vont jusqu’à demander des dessous de table, pour des €¨résultats parfois très décevants, font ce qu’ils peuvent, €¨avec des cas très difficiles à " rattraper ", c’est souvent €¨très douloureux et mutilant ! Malgré tout, nous en avons €¨besoin et cette chirurgie fait partie de notre traitement. Or €¨nous entendons : " As-tu vraiment besoin de ça ? N’as-tu €¨pas eu assez de soucis comme ça ? " €¨€¨

Accompagnez-nous, encouragez-nous dans cette €¨démarche qui est difficile

Il nous est difficile de €¨rencontrer à nouveau le corps médical, nous allons encore €¨changer d’image corporelle et comme nos cicatrices, nous €¨n’avons pas toujours envie de la montrer, ni de la partager €¨ ! €¨€¨Quelle belle poitrine nous avons et comme vous en €¨êtes fiers€¦ Sauf que nous, nous aurions préféré garder €¨nos deux seins €¦ même moins " jolis " mais les nôtres€¦ !

€¨Certaines d’entre nous n’envisagent pas cette €¨reconstruction : elle leur fait peur, elles ne sont pas prêtes €¨ou n’en voient pas la nécessité. Merci de respecter ce €¨choix, de ne pas essayer de les persuader du contraire€¦ €¨€¨"C’est fini, maintenant, tu es guérie !" €¨€¨

Les traitements sont finis, la vie reprend son cours €¦ €¨Vous voilà rassurés€¦ et tout est comme avant€¦ Tout sauf €¨nous ! €¨€¨
Vous retournez à votre vie après nous avoir tant €¨entourées et vous nous laissez à la nôtre qui ne sera plus €¨jamais comme avant€¦

Nous restons là avec le corps €¨meurtri, la peur, le calme après la tempête, sans force€¦ €¨Et là, le sujet devient tabou€¦ Nous nous sentons €¨abandonnées€¦ Nous n’osons plus vous en parler de peur €¨de vous choquer, vous n’osez plus nous en parler de peur €¨de nous déranger, d’éveiller de mauvais souvenirs€¦ €¨

Pourtant, osez nous poser la question : " Et toi, comment €¨Ã§a va dans ta tête ? "

Nous en avons encore besoin, €¨acceptez que l’on vous parle encore et que l’on pleure €¨encore€¦ €¨€¨Osez dire : " ton cancer " et non " tes ennuis, tes soucis, €¨tes problèmes

€¨€¨Le mot n’est ni tabou ni contagieux€¦ Oui, nous avons €¨eu ou nous avons un cancer du sein et nous voulions vous €¨le dire€¦ €¨€¨Nous voulions aussi vous dire... Merci €¨€¨à vous nos maris, nos compagnons, notre amour, €¨€¨A vous tous, famille, amis, collègues, relations proches €¨ou lointaines qui nous avez entourées, qui avez voulu et €¨su être présents :

€¨€¨Merci à vous qui gardez au plus profond de votre peau, €¨de votre coeur, les marques de nos griffes, celles de notre €¨souffrance physique et morale, de notre rejet, de notre €¨désespoir, de nos angoisses, de nos peurs et de nos €¨appels au secours, c’est à vous que nous avons hurlé, €¨parfois en silence, ce ras-le-bol des traitements, des €¨examens... €¨€¨

Merci d’avoir compris qu’il s’agissait de NOTRE cancer, €¨de l’avoir reconnu et pris en compte dans votre attitude, €¨d’avoir accepté notre agressivité (non désirée par nous €¨mais présente tout de même) en la dissociant de nous : €¨c’est le cancer qui parlait... €¨€¨

Merci de n’avoir jamais oublié malgré notre physique, €¨notre image dégradée, que nous étions toujours des €¨femmes. €¨€¨Merci d’avoir compris que, malgré toute votre €¨affection, vous ne pourriez pas ETRE A NOTRE PLACE et au €¨lieu de dire " je suis là " d’avoir agi en ce sens sans €¨prononcer ces mots.

Merci d’avoir senti que nous étions " €¨entre parenthèses " et d’y être entré avec nous sans rien €¨demander en retour. €¨€¨Nous vivons ensemble ou côte à côte "pour le meilleur €¨et pour le pire" et depuis quelques mois ou quelques €¨années, nous vous offrons le pire et vous le meilleur. Mais €¨vous savez très bien que si les rôles s’inversaient, il en €¨serait de même... €¨€¨

Merci d’avoir lutté et de combattre toujours avec nous, €¨à nous aider à redessiner et à recolorer nos lèvres d’un €¨sourire, de nous avoir permis de ne jamais quitter des €¨yeux la lumière de l’espérance.€¨€¨

Merci d’avoir été et d’être vous pour nous. Merci de €¨nous avoir laissées être nous pour vous. Merci enfin de €¨nous avoir permis d’être nous pour nous. €¨€¨Notre reconnaissance est à la mesure de notre amour : €¨immense

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