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LE DEUIL

LE CHEMIN DU DEUIL

VIVRE DANS L’OMBRE DES DEFUNTS

mercredi 16 septembre 2009, par Giselle Penat

Expression du chagrin

VIVRE DANS L’OMBRE DES DEFUNTS

« Le Matin Dimanche » du 10 mai 2009 – Chronique SAGESSE – page 54

Journal suisse : http://www.lematin.ch/

Par Rosette POLETTI, infirmière, pédagogue et psychothérapeute

matinpsycho@bluewin.ch

www.rosettepoletti.ch

avec la collaboration de Barbara DOBBS

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« Mon mari est mort il y a quatorze ans, mais je ne retrouve pas la force de vivre ».

« Cela fait vingt ans que mon frère est mort. Mes parents n’ont pas encore pu faire leur deuil ».

« Une personne proche a été perturbée par le décès subit de son mari. Elle-même avait perdu son papa d’un arrêt cardiaque quand elle était adolescente et je crois qu’elle n’a jamais pu faire ce deuil ; comment l’aider ? »

« J’ai perdu mon mari il y a quatorze ans et depuis je vis toujours en stand-by. Je n’arrive pas à retrouver la force de vraiment vivre. C’est comme si je me trouvais encore dans son ombre ! je ne comprends pas ce qui m’arrive ! »

Au moins une fois par mois, nous recevons des lettres ou des courriels qui décrivent la difficulté qu’il y a à parcourir le chemin du deuil. Pourquoi donc est-ce le cas ?
Si l’on pouvait résumer en une phrase, voici comment on pourrait le dire : tout changement dans la vie signifie « perte », toute perte signifie « chagrin » et tout chagrin demande à « être vécu et exprimé ».

TOUTE NOTRE VIE EST UNE LONGUE SUITE DE TRANSITIONS

De la naissance à la mort, nous nous attachons, puis nous détachons, nous créons des amitiés et devons les laisser pour partir ailleurs, ceux que nous aimons nous quittent et parfois meurent. Le chagrin que nous ressentons est le prix que nous « payons » pour la joie de donner et de recevoir de l’amour.

Lorsque nous sommes enfants, nous savons exprimer notre joie et notre tristesse. En grandissant, nous apprenons à minimiser les émotions liées au chagrin, à la colère, à la peur et nous soulignons ce qui nous semble être positif.
Nous nous entraînons à cacher, à ignorer les émotions qui sont en relation avec le deuil et la perte.
Lors d’un deuil, d’une perte importante, nous vivons un cataclysme intérieur, fait de pensées, de ressentis, d’images très souvent pénibles, de regrets, de culpabilité.
Ce qui va permettre que le chemin de la guérison commence, c’est l’expression de ce chagrin vers l’extérieur : pouvoir le dire, pouvoir l’écrire, pouvoir pleurer, parfois crier sa douleur.

EXPRIMER SES EMOTIONS POUR ALLER VERS LA GUERISON

Le chemin du deuil n’est pas qu’un processus intérieur. L’expression, sous une forme ou une autre, des pensées et des émotions permet d’ailler vers la guérison.
Trop souvent, les gens en deuil sont encouragés à lâcher prise, à laisser s’en aller, à tourner la page ! Bien sûr tout cela est juste, mais pour lâcher prise, il faut avoir été pleinement en contact avec ce que l’on veut laisser partir !
Pour tourner la page il faut l’avoir lue (selon la belle expression de Mme Quimodo, psychanalyste) !
On peut difficilement lâcher prise d’un deuil qu’on veut ignorer dans sa dimension émotionnelle ou tourner la page d’un évènement qu’on ne se permet pas de vivre.
Alors .. de nombreuses personnes conservent en elles toutes ces émotions, tout ce chagrin non exprimé et transportent cela avec elles tout au long de leur vie.
Cela commence tôt dans la vie.
Des enfants et des adolescents sont parfois empêchés par leur famille d’exprimer leur chagrin.

 Ils souffrent en dedans d’eux sans pouvoir s’exprimer

 Ils se protègent des pertes futures en se mettant « une
carapace émotionnelle ».

 Ils finissent par vivre à l’ombre des deuils non terminés.

QUE PEUT-ON FAIRE, POUR DEPOSER FINALEMENT, LE CHAGRIN DE LA PERTE ?

1. Tout d’abord prendre conscience du fait que l’on a en soi des émotions douloureuses non exprimées et liées à des deuils.

2. Surmonter la peur des émotions. Les émotions sont utiles, elles sont nos amies, elles demandent à être reconnues et exprimées. Il s’agit de choisir entre une vie pleinement vécue et une vie assombrie par la ou les pertes non exprimées.

3. Exprimer activement le chagrin lié à la perte. Il n’est jamais trop tard pour le faire !

Pour exprimer son chagrin, il est nécessaire d’avoir une espace pour le faire et une personne qui offre son écoute et sa compassion, sans attente et sans jugement. Ce peut être un professionnel, un bénévole formé, ce peut être dans un groupe de soutien pour personnes endeuillées ou encore des sessions de développement personnel spécifique à cette problématique. Certaines personnes arrivent à le faire sans aide : en écrivant des lettres, qu’elles brûlent, en écrivant l’histoire de leur deuil, en se laissant vivre leurs émotions alors qu’elles écrivent.
D’autres peignent, composent de la musique, ou entreprennent le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. L’essentiel consistes à décider que l’on veut vivre pleinement et déposer les « lourdes valises » des deuils non exprimés !
Parfois inventer un rituel peut aider, comme planter un arbre, faire un service du souvenir, faire dire une messe, faire un don anonyme ou non, en souvenir du défunt à une œuvre caritative. Tout cela peut se faire des années après le décès. Le but est de pouvoir ouvrir la porte à la vie, à ce qui est, à ce qui vient sans être retenu par les liens d’un deuil non fait. Il y a de la lumière au bout du tunnel, mais il faut avancer dans le tunnel pour y accéder ! c’est possible et cela en vaut la peine.

Rosette Poletti.


« Le Matin Dimanche » du 10 mai 2009 – Chronique SAGESSE – page 54

Journal suisse : http://www.lematin.ch/

Par Rosette POLETTI, infirmière, pédagogue et psychothérapeute

matinpsycho@bluewin.ch

www.rosettepoletti.ch

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